Un soupir de Marthe l'interrompit. Elle se tourna, la vit toute blême qui étouffait, et se fâcha plus fort, en baissant un carreau pour donner de l'air.
— C'est cela, passez-moi entre les bras maintenant, n'est-ce pas? Est-ce que vous ne seriez pas mieux dans votre lit, à vous soigner ? Quand on pense que vous avez eu la chance de ne rencontrer autour de vous que des gens dévoués, sans seulement dire merci au bon Dieu! Vous savez bien que c'est la vérité. Monsieur le curé, sa mère, sa soeur, jusqu'à monsieur Trouche, sont aux petits soins pour vous; ils se jetteraient dans le feu, ils sont debout à toute heure du jour et de la nuit. J'ai vu madame Olympe pleurer, oui pleurer, lorsque vous étiez malade, la dernière fois. Eh bien! comment reconnaissez-vous leurs bontés ? Vous les mettez dans la peine, vous partez comme une sournoise pour voir monsieur, tout en sachant que cela leur fera beaucoup de chagrin; car ils ne peuvent pas aimer monsieur, qui était si dur pour vous… Tenez, voulez-vous que je vous le dise, madame ? le mariage ne vous a rien valu, vous avez pris la méchanceté de monsieur. Entendez-vous, il y a des jours où vous êtes aussi méchante que lui.
Elle continua ainsi jusqu'aux Tulettes, défendant les Faujas et les Trouche, accusant sa maîtresse de toutes sortes de vilenies. Elle finit par dire:
—Ce sont ces gens-là qui seraient de braves maîtres, s'ils avaient assez d'argent pour avoir des domestiques! Mais la fortune ne tombe jamais qu'aux mauvais coeurs.
Marthe, plus calme, ne répondait pas. Elle regardait vaguement les arbres maigres filer le long de la route, les vastes champs se déplier comme des pièces d'étoffes brune. Les grondements de Rose se perdaient dans les cahots de la voiture.
Aux Tulettes, Marthe se dirigea vivement vers la maison de l'oncle Macquart, suivie de la cuisinière, qui se taisait maintenant, haussant les épaules, les lèvres pincées.
—Comment! c'est toi! s'écria l'oncle, très-surpris. Je te croyais dans ton lit. On m'avait raconté que tu étais malade…. Eh! eh! petite, tu n'as pas l'air fort… Est-ce que tu viens me demander à dîner ?
—Je voudrais voir François, mon oncle, dit Marthe.
—François ? répéta Macquart en la regardant en face, tu voudrais voir François ? C'est l'idée d'une bonne femme. Le pauvre garçon a assez crié après toi. Je l'apercevais du bout de mon jardin, qui donnait des coups de poing dans les murs en t'appelant…. Ah! tu viens le voir ? Je croyais que vous l'aviez tous oublié là-bas.
De grosses larmes étaient montées aux yeux de Marthe.