Puis, se tournant vers Marthe:

—Tu ne sais pas, quand tu verras ton locataire, tu devrais le sonder, de façon à me dire si une invitation lui serait agréable.

—Nous ne le voyons presque pas, se hâta de répondre Mouret. Il entre et il sort sans ouvrir la bouche…. Puis, ce ne sont pas mes affaires.

Et il continuait à l'examiner d'un air défiant. Certainement elle en savait plus long sur l'abbé Faujas qu'elle ne voulait en conter. D'ailleurs, elle ne bronchait pas sous l'examen attentif de son gendre.

—Ça m'est égal, après tout, reprit-elle avec une aisance parfaite. Si c'est un homme convenable, je trouverai toujours une manière de l'inviter…. Au revoir, mes enfants.

Elle remontait le perron, lorsqu'un grand vieillard se montra sur le seuil du vestibule. Il avait un paletot et un pantalon de drap bleu très-propres, avec une casquette de fourrure rabattue sur les yeux. Il tenait un fouet à la main.

—Eh! c'est l'oncle Macquart! cria Mouret, en jetant un coup d'oeil curieux sur sa belle-mère.

Félicité avait fait un geste de vive contrariété. Macquart, frère bâtard de Rougon, était rentré en France, grâce à celui-ci, après s'être compromis dans le soulèvement des campagnes,en 1851. Depuis son retour du Piémont, il menait une vie de bourgeois gras et renté. Il avait acheté, on ne savait avec quel argent, une petite maison située au village des Tulettes, à trois lieues de Plassans. Peu à peu, il s'était nippé; il avait même fini par faire l'emplette d'une carriole et d'un cheval, si bien qu'on ne rencontrait plus que lui sur les routes, fumant sa pipe, buvant le soleil, ricanant d'un air de loup rangé. Les ennemis des Rougon disaient tout bas que les deux frères avaient commis quelque mauvais coup ensemble, et que Pierre Rougon entretenait Antoine Macquart.

—Bonjour, l'oncle, répétait Mouret avec affectation; vous venez donc nous faire une petite visite?

—Mais oui, répondit Macquart d'un ton bon enfant. Tu sais, chaque fois que je passe à Plassans…. Ah! par exemple. Félicité, si je m'attendais à vous trouver ici! J'étais venu pour voir Rougon, j'avais quelque chose à lui dire….