Mouret s'arrêta net devant sa femme.
—A propos, reprit-il, il n'est venu personne?
—Non, personne, mon ami, dit Marthe d'un air surpris.
Il allait continuer, mais il parut se raviser; il piétina encore un instant, sans rien dire; puis, s'avançant vers le perron:
—Eh bien! Rose, et ce dîner qui brûlait?
—Pardi! cria du fond du corridor la voix furieuse de la cuisinière, il n'y a plus rien de prêt maintenant; tout est froid. Vous attendrez, monsieur. Mouret eut un rire silencieux; il cligna l'oeil gauche, en regardant sa femme et ses enfants. La colère de Rose semblait l'amuser fort. Il s'absorba ensuite dans le spectacle des arbres fruitiers de son voisin.
—C'est surprenant, murmura-t-il, monsieur Rastoil a des poires magnifiques, cette année.
Marthe, inquiète depuis un instant, semblait avoir une question sur les lèvres. Elle se décida, elle dit timidement:
—Est-ce que tu attendais quelqu'un aujourd'hui, mon ami?
—Oui et non, répondit-il, en se mettant à marcher de long en large.