Ils montèrent silencieusement. La soeur du moribond vint leur ouvrir. En voyant les deux prêtres, elle éclata en sanglots, balbutiant au milieu de ses larmes:
—Tout est fini. Il vient de passer entre mes bras… j'étais seule. Il a regardé autour de lui en mourant, il a murmuré «J'ai donc la peste, qu'on m'a abandonné…» Ah! mes sieurs, il est mort avec des larmes plein les yeux.
Ils entrèrent dans la petite chambre où le curé Compan, la tête sur un oreiller, paraissait dormir. Ses yeux étaient restés ouverts, et cette face blanche, profondément triste, pleurait encore; les larmes coulaient le long des joues. Alors, l'abbé Bourrette tomba à genoux, sanglotant, priant, le front contre les couvertures qui pendaient. L'abbé Faujas resta debout, regardant le pauvre mort; puis, après s'être agenouillé un instant, il sortit discrètement. L'abbé Bourrette, perdu dans sa douleur, ne l'entendit même pas refermer la porte.
L'abbé Faujas alla droit à l'évêché. Dans l'antichambre de monseigneur
Rousselot, il rencontra l'abbé Surin, chargé de papiers.
—Est-ce que vous désiriez parler à monseigneur? lui demanda le secrétaire avec son éternel sourire. Vous tomberiez mal. Monseigneur est tellement occupé qu'il a fait condamner sa porte.
—C'est pour une affaire très-pressante, dit tranquillement l'abbé
Faujas. Ou peut toujours le prévenir, lui faire savoir que je suis là.
J'attendrai, s'il le faut.
—Je crains que ce ne soit inutile. Monseigneur a plusieurs personnes avec lui. Revenez demain, cela vaudra mieux.
Mais l'abbé prenait une chaise, lorsque l'évêque ouvrit la porte de son cabinet. Il parut très-contrarié en apercevant le visiteur, qu'il feignit d'abord de ne pas reconnaître.
—Mon enfant, dit-il à Surin, quand vous aurez classé ces papiers, vous reviendrez tout de suite; j'ai une lettre à vous dicter.
Puis, se tournant vers le prêtre, qui se tenait respectueusement debout: