—Allons, voilà du tourment pour longtemps…. J'aurais voulu éviter toutes ces explications; mais, puisque vous insistez, il faut parler franchement…. Eh bien! cher monsieur, l'abbé Fenil vous reproche beaucoup de choses. Comme je crois vous l'avoir déjà dit, il a dû écrire à Besançon, d'où il aura appris les fâcheuses histoires que vous savez…. Certes, vous m'avez expliqué tout cela, je connais vos mérites, votre vie de repentir et de retraite; mais que voulez-vous? le grand vicaire a des armes contre vous, il en use terriblement. Souvent je ne sais comment vous défendre…. Quand le ministre m'a prié de vous accepter dans mon diocèse, je ne lui ai pas caché que votre situation serait difficile. Il s'est montré plus pressant, il m'a dit que cela vous regardait, et j'ai fini par consentir. Seulement, il ne faut pas aujourd'hui me demander l'impossible.
L'abbé Faujas n'avait pas baissé la tête; il la releva même, il regarda l'évêque en face, disant de sa voix brève:
—Vous m'avez donné votre parole, monseigneur.
—Certainement, certainement…. Le pauvre Compan baissait tous les jours, vous êtes venu me confier certaines choses; alors, j'ai promis, je ne le nie pas…. Écoutez, je veux vous tout dire, pour que vous ne puissiez m'accuser de tourner comme une girouette. Vous prétendiez que le ministre désirait vivement votre nomination à la cure de Saint-Saturnin. Eh bien! j'ai écrit, je me suis informé, un de mes amis est allé au ministère. On lui a presque ri au nez, on lui a dit qu'on ne vous connaissait même pas. Le ministre se défend absolument d'être votre protecteur, entendez-vous! Si vous le souhaitez, je vais vous faire lire une lettre où il se montre bien sévère à votre égard.
Et il tendait le bras pour fouiller dans un tiroir; mais l'abbé Faujas s'était mis debout, sans le quitter des yeux, avec un sourire où perçait une pointe d'ironie et de pitié.
—Ah! monseigneur, monseigneur! murmura-t-il. Puis, au bout d'un silence, comme ne voulant pas s'expliquer davantage:
—Je vous rends votre parole, monseigneur, reprit-il. Croyez que, dans tout ceci, je travaillais plus encore pour vous que pour moi. Plus tard, quand il ne sera plus temps, vous vous souviendrez de mes avertissements. Il se dirigeait vers la porte; mais l'évêque le retint, le ramena, en murmurant d'un air inquiet:
—Voyons, que voulez-vous dire? Expliquez-vous, cher monsieur Faujas.
Je sais bien qu'on me boude à Paris, depuis l'élection du marquis de
Lagrifoul. On me connaît vraiment bien peu, si l'on s'imagine que j'ai
trempé là dedans; je ne sors pas de ce cabinet deux fois par mois….
Alors vous croyez qu'on m'accuse d'avoir fait nommer le marquis?
—Oui, je le crains, dit nettement le prêtre.
—Eh! c'est absurde, je n'ai jamais mis le nez dans la politique, je vis avec mes chers livres. C'est Fenil qui a tout fait. Je lui ai dit vingt fois qu'il finirait par me causer des embarras à Paris.