Lorsque la grande calèche les emportait au Bois et les roulait mollement le long des allées, se contant des gravelures à l'oreille, cherchant dans leur enfance les polissonneries de l'instinct, ce n'était là qu'une déviation et qu'un contentement inavoué de leurs désirs. Ils se sentaient vaguement coupables, comme s'ils s'étaient effleurés d'un attouchement; et même ce péché originel, cette langueur des conversations ordurières qui les lassait d'une fatigue voluptueuse les chatouillait plus doucement encore que des baisers nets et positifs. Leur camaraderie fut ainsi la marche lente de deux amoureux, qui devait fatalement un jour les mener au cabinet du café Riche et au grand lit gris et rose de Renée. Quand ils se trouvèrent aux bras l'un de l'autre, ils n'eurent pas la secousse de la faute. On eût dit de vieux amants, dont les baisers avaient des ressouvenirs. Et ils venaient de perdre tant d'heures dans un contact de tout leur être qu'ils parlaient malgré eux de ce passé plein de leurs tendresses ignorantes.

—Tu te souviens, le jour où je suis arrivé à Paris, disait Maxime, tu avais un drôle de costume; et, avec mon doigt, j'ai tracé un angle sur ta poitrine, je t'ai conseillé de te décolleter en pointe.... Je sentais ta peau sous la chemisette, et mon doigt enfonçait un peu.... C'était très bon....

Renée riait, le baisant, murmurant:

—Tu étais déjà joliment vicieux.... Nous as-tu amusées, chez Worms, tu te rappelles! Nous t'appelions «notre petit homme». Moi, j'ai toujours cru que la grosse Suzanne se serait parfaitement laissé faire, si la marquise ne l'avait surveillée avec des yeux furibonds.

—Ah! oui, nous avons bien ri..., murmurait le jeune homme. L'album de photographies, n'est-ce pas? et tout le reste, nos courses dans Paris, nos goûters chez le pâtissier du boulevard; tu sais, ces petits gâteaux aux fraises que tu adorais?... Moi, je me souviendrai toujours de cet après-midi où tu m'as conté l'aventure d'Adeline, au couvent, quand elle écrivait des lettres à Suzanne, et qu'elle signait comme un homme, «Arthur d'Espanet», en lui proposant de l'enlever.

Les amants s'égayaient encore de cette bonne histoire; puis Maxime continuait de sa voix câline:

—Quand tu venais me chercher au collège dans ta voiture, nous devions être drôles tous les deux.... Je disparaissais sous tes jupons, tant j'étais petit.

—Oui, oui, balbutiait-elle, prise de frissons, attirant le jeune homme à elle, c'était très bon, comme tu dis....

Nous nous aimions sans le savoir, n'est-ce pas? Moi, je l'ai su avant toi. L'autre jour, en revenant du Bois, j'ai frôlé ta jambe, et j'ai tressailli.... Mais tu ne t'es aperçu de rien. Hein? tu ne songeais pas à moi?

—Oh! si, répondait-il un peu embarrassé. Seulement, je ne savais pas, tu comprends.... Je n'osais pas.