—Mon mari serait si heureux de vous voir venir de temps à autre à nos jeudis! continua la jeune femme.

M. Béraud du Châtel fit quelques pas en silence. Puis, d'une voix tranquille:

—Tu remercieras ton mari, dit-il. C'est un garçon actif, parait-il, et je souhaite pour toi qu'il mène honnêtement ses affaires. Mais nous n'avons pas les mêmes idées, et je suis mal à l'aise dans votre belle maison du parc Monceau.

La tante Élisabeth parut chagrine de cette réponse:

—Que les hommes sont donc méchants avec leur politique! dit-elle gaiement. Veux-tu savoir la vérité?

Ton père est furieux contre vous, parce que vous allez aux Tuileries.

Mais le vieillard haussa les épaules, comme pour dire que son mécontentement avait des causes beaucoup plus graves. Il se remit à marcher lentement, songeur. Renée resta un instant silencieuse, ayant au bord des lèvres la demande des cinquante mille francs. Puis, une lâcheté plus grande la prit, elle embrassa son père, elle s'en alla.

La tante Élisabeth voulut l'accompagner jusqu'à l'escalier. En traversant l'enfilade des pièces, elle continuait à bavarder de sa petite voix de vieille:

—Tu es heureuse, chère enfant. Ça me fait bien plaisir de te voir belle et bien portante; car si ton mariage avait mal tourné, sais-tu que je me serais crue coupable?... Ton mari t'aime, tu as tout ce qu'il te faut, n'est-ce pas?

—Mais oui, répondit Renée, s'efforçant de sourire, la mort dans le cœur.