—Hein? quelle crapule! balbutia-t-il. Avez-vous vu ses regards faux?... Ces gaillards-là vous ont l'air timides et vous assassineraient un homme pour vingt francs.

Mais Saccard l'interrompit en disant:

—Bah! il n'est pas terrible. Je crois qu'on pourra s'arranger avec lui.... Je venais pour une affaire beaucoup plus inquiétante.... Vous aviez raison de vous défier de ma femme, mon cher ami. Imaginez-vous qu'elle vend sa part de propriété à M. Haffner. Elle a besoin d'argent, dit-elle. C'est son amie Suzanne qui a dû la pousser.

L'autre cessa brusquement de se désespérer; il écoutait, un peu pâle, rajustant son col droit, qui avait tourné, dans sa colère.

—Cette cession, continua Saccard, est la ruine de nos espérances. Si M. Haffner devient votre co-associé, non seulement nos profits sont compromis, mais j'ai une peur affreuse de nous trouver dans une situation très désagréable vis-à-vis de cet homme méticuleux qui voudra éplucher les comptes.

L'agent d'expropriation se mit à marcher d'un pas agité, faisant craquer ses bottines vernies sur le tapis.

—Voyez, murmura-t-il, dans quelle situation on se met pour rendre service aux gens!... Mais, mon cher, à votre place, j'empêcherais absolument ma femme de faire une pareille sottise. Je la battrais plutôt.

—Ah! mon ami!... dit le financier avec un fin sourire. Je n'ai pas plus d'action sur ma femme que vous ne paraissez en avoir sur cette canaille de Baptistin.

Larsonneau s'arrêta net devant Saccard, qui souriait toujours, et le regarda d'un air profond. Puis il reprit sa marche de long en large, mais d'un pas lent et mesuré.

Il s'approcha d'une glace, remonta son nœud de cravate, marcha encore, retrouvant son élégance. Et tout d'un coup: