—Faites les billets à mon nom. Vous comprenez, je n'ai pas voulu vous compromettre. Nous nous arrangerons ensemble.... Six effets de vingt cinq mille francs chacun, n'est-ce pas?

Laure comptait sur un coin de la table les «chiffons».

Rozan ne les vit même pas. Quand il eut signé et qu'il leva la tête, ils avaient disparu dans la poche de la jeune femme. Mais elle vint à lui, et l'embrassa sur les deux joues, ce qui parut le ravir. Larsonneau les regardait philosophiquement, en pliant les effets, et en remettant l'écritoire et le porte-plume dans sa poche.

La jeune femme était encore au cou de Rozan, lorsque Aristide Saccard souleva un coin de la portière:

—Eh bien, ne vous gênez pas, dit-il en riant.

Le duc rougit. Mais Laure alla secouer la main du financier, en échangeant avec lui un clignement d'yeux d'intelligence. Elle était radieuse.

—C'est fait, mon cher, dit-elle; je vous avais prévenu. Vous ne m'en voulez pas trop?

Saccard haussa les épaules d'un air bonhomme. Il écarta la portière et, s'effaçant pour livrer passage à Laure et au duc, il cria, d'une voix glapissante d'huissier:

—Monsieur le duc, madame la duchesse!

Cette plaisanterie eut un succès fou. Le lendemain, les journaux la contèrent, en nommant crûment Laure d'Aurigny, et en désignant les deux hommes par des initiales très transparentes. La rupture d'Aristide Saccard et de la grosse Laure fit plus de bruit encore que leurs prétendues amours.