On applaudit discrètement. Cela frit trouvé très joli.

M. de Saffré était un conducteur de cotillon «qui ne restait jamais à court»; telle fut l'expression de ces dames. Pendant ce temps, l'orchestre avait repris de toutes ses voix la phrase de valse, et M. Simpson, après avoir fait le tour du salon en valsant avec Mme d'Espanet, la reconduisait à sa place.

Renée put passer. Elle s'était mordu les lèvres au sang, devant toutes «ces bêtises». Elle trouvait ces femmes et ces hommes stupides de lancer des écharpes et de prendre des noms de fleurs. Ses oreilles bourdonnaient, une furie d'impatience lui donnait des envies de se jeter la tête en avant et de s'ouvrir un chemin. Elle traversa le salon d'un pas rapide, heurtant les couples attardés qui regagnaient leurs sièges. Elle alla droit à la serre. Elle n'avait vu ni Louise ni Maxime parmi les danseurs, elle se disait qu'ils devaient être là, dans quelque trou de feuillages, réunis par cet instinct des drôleries et des polissonneries qui leur faisait chercher les petits coins, dès qu'ils se trouvaient ensemble quelque part. Mais elle visita inutilement le demi-jour de la serre.

Elle n'aperçut, au fond d'un berceau, qu'un grand jeune homme qui baisait dévotement les mains de la petite Mme Daste, en murmurant:

—Mme de Lauwerens me l'avait bien dit: vous êtes un ange!

Cette déclaration, chez elle, dans sa serre, la choqua.

Vraiment Mme de Lauwerens aurait dû porter son commerce ailleurs! Et Renée se serait soulagée à chasser de ses appartements tout ce monde qui criait si fort. Debout devant le bassin, elle regardait l'eau, elle se demandait où Louise et Maxime avaient pu se cacher. L'orchestre jouait toujours cette valse dont le bercement ralenti lui tournait le cœur. C'était insupportable, on ne pouvait plus réfléchir chez soi. Elle ne savait plus. Elle oubliait que les jeunes gens n'étaient pas encore mariés, et elle se disait que c'était bien simple, qu'ils étaient allés se coucher. Puis elle songea à la salle à manger, elle remonta vivement l'escalier de la serre. Mais, à la porte du grand salon, elle fut arrêtée une seconde fois par une figure du cotillon.

—Ce sont les «Points noirs», mesdames, disait galamment M. de Saffré. Ceci est de mon invention, et je vous en donne la primeur.

On riait beaucoup. Les hommes expliquaient l'allusion aux jeunes femmes. L'empereur venait de prononcer un discours qui constatait, à l'horizon politique, la présence de «certains points noirs». Ces points noirs, on ne savait pourquoi, avaient fait fortune. L'esprit de Paris s'était emparé de cette expression, au point que, depuis huit jours, on accommodait tout aux points noirs.

M. de Saffré plaça les cavaliers à l'un des bouts du salon, en leur faisant tourner le dos aux dames, laissées à l'autre bout. Puis il leur commanda de relever leurs habits, de façon à s'en cacher le derrière de la tête. Cette opération s'accomplit au milieu d'une gaieté folle. Bossus, les épaules serrées, avec les pans des habits qui ne leur tombaient plus qu'à la taille, les cavaliers étaient vraiment affreux.