—Ta pauvre femme... sanglota la courtière, je crois que tout est bien fini. Tu as entendu le médecin?
Saccard se contenta de baisser lugubrement la tête.
—C'était une bonne personne, continua l'autre, parlant comme si Angèle fût déjà morte. Tu pourras trouver des femmes plus riches, plus habituées au monde; mais tu ne trouveras jamais un pareil cœur.
Et comme elle s'arrêtait, s'essuyant les yeux, semblant chercher une transition:
—Tu as quelque chose à me dire? demanda nettement Saccard.
—Oui, je me suis occupée de toi, pour la chose que tu sais, et je crois avoir découvert.... Mais dans un pareil moment.... Vois-tu, j'ai le cœur brisé.
Elle s'essuya encore les yeux. Saccard la laissa faire tranquillement, sans dire un mot. Alors elle se décida.
—C'est une jeune fille qu'on voudrait marier tout de suite, dit-elle. La chère enfant a eu un malheur. Il y a une tante qui ferait un sacrifice....
Elle s'interrompait, elle geignait toujours, pleurant ses phrases, comme si elle eût continué à plaindre la pauvre Angèle. C'était une façon d'impatienter son frère et de le pousser à la questionner, pour ne pas avoir toute la responsabilité de l'offre qu'elle venait lui faire. L'employé fut pris en effet d'une sourde irritation.
—Voyons, achève! dit-il. Pourquoi veut-on marier cette jeune fille?