—Vous connaissez ce bijou? dit-elle plus gênée que lui, ne sachant plus que faire de son bras.
Il s'était remis; il menaça son fils du doigt, en murmurant:
—Ce polisson a toujours du fruit défendu dans les poches!... Un de ces jours il nous apportera le bras de la dame avec le bracelet.
—Eh! ce n'est pas moi, répondit Maxime avec une lâcheté sournoise. C'est Renée qui a voulu le voir.
—Ah! se contenta de dire le mari.
Et il regarda à son tour le bijou, répétant comme sa femme:
—Il est très joli, très joli.
Puis il s'en alla tranquillement, et Renée gronda Maxime de l'avoir ainsi vendue. Mais il affirma que son père se moquait bien de ça! Alors elle lui rendit le bracelet en ajoutant:
—Tu passeras chez le bijoutier, tu m'en commanderas un tout pareil! seulement, tu feras remplacer les émeraudes par des saphirs.
Saccard ne pouvait garder longtemps dans son voisinage une chose ou une personne sans vouloir la vendre, en tirer un profit quelconque. Son fils n'avait pas vingt ans qu'il songea à l'utiliser. Un joli garçon, neveu d'un ministre, fils d'un grand financier, devait être d'un bon placement. Il était bien un peu jeune, mais on pouvait toujours lui chercher une femme et une dot, quitte à traîner le mariage en longueur, ou à le précipiter, selon les embarras d'argent de la maison. Il eut la main heureuse.