Non, il était de la compagnie Ravaud. Mais il connaissait tout de même le caporal Jean Macquart, il crut pouvoir dire que l'escouade de celui-ci n'avait pas encore été engagée. Et ce renseignement, si vague, suffit pour donner de la joie à la jeune femme: son frère vivait, elle serait tout à fait soulagée, lorsqu'elle aurait embrassé son mari, qu'elle continuait à attendre d'une minute à l'autre.

À ce moment, Henriette, ayant levé la tête, fut saisie d'apercevoir, à quelques pas d'elle, au milieu d'un groupe, Delaherche, racontant les terribles dangers qu'il venait de courir, de Bazeilles à Sedan. Comment se trouvait-il là? Elle ne l'avait pas vu entrer.

— Et mon mari n'est pas avec vous?

Mais Delaherche, que sa mère et sa femme questionnaient complaisamment, ne se hâtait point.

— Attendez, tout à l'heure.

Puis, reprenant son récit:

— De Bazeilles à Balan, j'ai failli être tué vingt fois. Une grêle, un ouragan de balles et d'obus!… Et j'ai rencontré l'empereur, oh! très brave… Ensuite, de Balan ici, j'ai pris ma course…

Henriette lui secoua le bras.

— Mon mari?

— Weiss? mais il est resté là-bas, Weiss!