Le seul lieutenant qui ne fût pas mort, jeta le commandement:

— Amenez les avant-trains!

Un caisson avait sauté, avec un bruit de pièces d'artifice qui fusent et éclatent. On dut se décider à prendre les chevaux d'un autre caisson, pour sauver une pièce dont l'attelage était par terre. Et, cette dernière fois, quand les conducteurs eurent fait demi-tour et qu'on eut raccroché les quatre canons qui restaient, on galopa, on ne s'arrêta qu'à un millier de mètres, derrière les premiers arbres du bois de la Garenne.

Maurice avait tout vu. Il répétait, avec un petit grelottement d'horreur, d'une voix machinale:

— Oh! Le pauvre garçon! Le pauvre garçon!

Cette peine semblait augmenter encore la douleur grandissante qui lui tordait l'estomac. La bête, en lui, se révoltait: il était à bout de force, il se mourait de faim. Sa vue se troublait, il n'avait même plus conscience du danger où se trouvait le régiment, depuis que la batterie avait dû se replier. D'une minute à l'autre, des masses considérables pouvaient attaquer le plateau.

— Écoute, dit-il à Jean, il faut que je mange… J'aime mieux manger et qu'on me tue tout de suite!

Il avait ouvert son sac, il prit le pain de ses deux mains tremblantes, il se mit à mordre dedans, avec voracité. Les balles sifflaient, deux obus éclatèrent à quelques mètres. Mais plus rien n'existait, il n'y avait que sa faim à satisfaire.

— Jean, en veux-tu?

Celui-ci le regardait, hébété, les yeux gros, l'estomac déchiré du même besoin.