Elle le regarda, étonnée. Elle restait d'une fraîcheur gaie, avec ses cheveux fins, ses yeux clairs d'enfant qui s'agitait, empressée, au milieu de ces abominations, sans trop les comprendre.
— Non, je ne sais rien… Vers midi, j'ai monté une lettre pour le maréchal De Mac-Mahon. L'empereur était avec lui… Ils sont restés près d'une heure enfermés ensemble, le maréchal dans son lit, l'empereur assis contre le matelas, sur une chaise… ça, je le sais, parce que je les ai vus, quand on a ouvert la porte.
— Alors, qu'est-ce qu'ils se disaient?
De nouveau, elle le regarda, et elle ne put s'empêcher de rire.
— Mais je ne sais pas, comment voulez-vous que je sache? Personne au monde ne sait ce qu'ils se sont dit.
C'était vrai, il eut un geste pour s'excuser de sa question sotte. Pourtant, l'idée de cette conversation suprême le tracassait: quel intérêt elle avait dû offrir! à quel parti avaient-ils pu s'arrêter?
— Maintenant, reprit Rose, l'empereur est rentré dans son cabinet, où il est en conférence avec deux généraux qui viennent d'arriver du champ de bataille…
Elle s'interrompit, jeta un coup d'oeil vers le perron.
— Tenez! en voici un, de ces généraux… Et, tenez! voici l'autre.
Vivement, il sortit, reconnut le général Douay et le général Ducrot, dont les chevaux attendaient. Il les regarda se remettre en selle, puis galoper. Après l'abandon du plateau d'Illy, ils étaient accourus, chacun de son côté, pour avertir l'empereur que la bataille était perdue. Ils donnaient des détails précis sur la situation, l'armée et Sedan se trouvaient dès lors enveloppés de toutes parts, le désastre allait être effroyable.