Dès lors, ni Maurice ni Jean n'obtinrent qu'elle se tînt à l'abri, immobile. Elle se remuait, avançait la tête, voulait quand même regarder vers le petit bois, dans une préoccupation constante. Eux, tiraient toujours, la repoussaient du genou, quand elle se découvrait trop. Sans doute, les Prussiens commençaient à s'estimer en nombre suffisant, prêts à l'attaque, car ils se montraient, un flot moutonnait et débordait entre les arbres; et ils subissaient des pertes terribles, toutes les balles Françaises portaient, culbutaient des hommes.

— Tenez! dit Jean le voilà peut-être, votre cousin… Cet officier qui vient de sortir de la maison aux volets verts, en face.

Un capitaine était là, en effet, reconnaissable au collet d'or de sa tunique et à l'aigle d'or que le soleil oblique faisait flamber sur son casque. Sans épaulettes, le sabre à la main, il criait un ordre d'une voix sèche; et la distance était si faible, deux cents mètres à peine, qu'on le distinguait très nettement, la taille mince, le visage rose et dur, avec de petites moustaches blondes.

Henriette le détaillait de ses yeux perçants.

— C'est parfaitement lui, répondit-elle sans s'étonner. Je le reconnais très bien.

D'un geste fou, Maurice l'ajustait déjà.

— Le cousin… Ah! tonnerre de Dieu! Il va payer pour Weiss.

Mais, frémissante, elle s'était soulevée, avait détourné le chassepot, dont le coup alla se perdre au ciel.

— Non, non, pas entre parents, pas entre gens qui se connaissent… C'est abominable!

Et, redevenue femme, elle s'abattit, derrière l'arbre, en pleurant à gros sanglots. L'horreur la débordait, elle n'était plus qu'épouvante et douleur. Rochas, cependant, triomphait. Autour de lui, le feu des quelques soldats, qu'il excitait de sa voix tonnante, avait pris une telle vivacité, à la vue des Prussiens, que ceux-ci, reculant, rentraient dans le petit bois.