Les soldats, un peu interdits, se reculaient.

— Nous crevons de faim, nous voulons à manger.

— Je n'ai rien, pas une croûte… Est-ce que vous croyez, comme ça, qu'on en a pour nourrir des cent mille hommes… Ce matin, il y en a d'autres, oui! De ceux au général Ducrot, qui ont passé et qui m'ont tout pris.

Un à un, les soldats se rapprochaient.

— Ouvrez toujours, nous nous reposerons, vous trouverez bien quelque chose…

Et déjà ils tapaient de nouveau, lorsque le vieux, posant le chandelier sur l'appui, épaula son arme.

— Aussi vrai qu'il y a là une chandelle, je casse la tête au premier qui touche à ma porte!

Alors, la bataille faillit s'engager. Des imprécations montaient, une voix cria qu'il fallait faire son affaire à ce cochon de paysan, qui, comme tous les autres, aurait noyé son pain, plutôt que d'en donner une bouchée au soldat.

Et les canons des chassepots se braquaient, on allait le fusiller presque à bout portant; tandis qu'il ne se retirait même pas, rageur et têtu, en plein dans la clarté de la chandelle.

— Rien du tout! Pas une croûte!… On m'a tout pris!