- Vous ne salissez guère de linge, murmura-t-elle. On dirait que vous ne pouvez pas vous asseoir, que vous êtes toujours sur le point de partir... Ah! si vous aviez connu monsieur Caffin, le pauvre défunt curé que vous avez remplacé! Voilà un homme qui était douillet! Il n'aurait pas digéré, s'il avait mangé debout... C'était un Normand, de Canteleu, comme moi. Oh' je ne le remercie pas de m'avoir amené dans ce pays de loups. Les premiers temps, nous sommes-nous ennuyés, bon Dieu! Le pauvre curé avait eu des histoires bien désagréables chez nous... Tiens! monsieur Mouret, vous n'avez donc pas sucré votre lait? Voilà les deux morceaux de sucre.
Le prêtre posait sa tasse.
- Oui, j'ai oublié, je crois, dit-il.
La Teuse le regarda en face, en haussant les épaules. Elle plia dans la serviette une tartine de pain bis qui était également restée sur la table. Puis, comme le curé allait sortir, elle courut à lui, s'agenouilla, en criant:
- Attendez, les cordons de vos souliers ne sont seulement pas noués... Je ne sais pas comment vos pieds résistent, dans ces souliers de paysan. Vous, si mignon, qui avez l'air d'avoir été drôlement gâté!... Allez, il fallait que l'évêque vous connut bien, pour vous donner la cure la plus pauvre du département.
- Mais, dit le prêtre en souriant de nouveau, c'est moi qui ai choisi les Artaud... Vous êtes bien mauvaise ce matin, la Teuse. Est-ce que nous ne sommes pas heureux, ici? Nous avons tout ce qu'il nous faut, nous vivons dans une paix de paradis.
Alors, elle se contint, elle rit à son tour, répondant:
- Vous êtes un saint homme, monsieur le curé... Venez voir comme ma lessive est grasse. Ça vaudra mieux que de nous disputer.
Il du la suivre, car elle menaçait de ne pas le laisser sortir, s'il ne la complimentait sur sa lessive. Il quittait la salle à manger, lorsqu'il se heurta à un plâtras, dans le corridor.
- Qu'est-ce donc? demanda-t-il.