Albine mit un doigt à ses lèvres, murmurant:
- C'est la morte, tu sais, celle qui a vécu ici.
Ils allèrent flairer l'alcôve plaisantant, très sérieux au fond. Assurément, jamais l'alcôve n'avait exhalé une senteur si troublante. Les murs semblaient encore frissonnants d'un frôlement de jupe musquée. Le parquet avait gardé la douceur embaumée de deux pantoufles de satin tombées devant le lit. Et, sur le lit lui-même, contre le bois du chevet, Serge prétendait retrouver l'empreinte d'une petite main, qui avait laissé là son parfum persistant de violette. De tous les meubles, à cette heure, se levait le fantôme odorant de la morte.
-- Tiens! voilà le fauteuil où elle devait s'asseoir, cria Albine. On sent ses épaules, dans le dossier.
Et elle s'assit elle-même, elle dit à Serge de se mettre à genoux pour lui baiser la main.
-- Tu te souviens, le jour où je t'ai reçu, en te disant: "Bonjour, mon cher seigneur..." Mais ce n'était pas tout, n'est-ce pas? Il lui baisait les mains, quand ils avaient refermé la porte... Les voilà, mes mains. Elles sont à toi.
Alors, ils tentèrent de recommencer leurs anciens jeux, pour oublier le Paradou dont ils entendaient le grand rire croissant, pour ne plus voir les peintures, pour ne plus céder aux langueurs de l'alcôve. Albine faisait des mines, se renversait, riait de la figure sotte que Serge avait à ses pieds.
- Gros bêta, prends-moi la taille, dis-moi des choses aimables, puisque tu es censé mon amoureux... Tu ne sais donc pas m'aimer?
Mais dès qu'il la tenait, qu'il la soulevait brutalement, elle se débattait, elle s'échappait, toute fâchée.
- Non, laisse-moi, je ne veux pas!... On meurt dans cette chambre.