-- Ce sera trop beau.
La Teuse, en extase, tressaillit une seconde fois.
-- Bon, cria-t-elle, j'avais oublié que vous étiez là, vous! Vous pourriez bien tousser, avant de parler. Vous avez une voix qui part brusquement, comme celle d'un mort.
Elle s'était relevée, elle se reculait pour admirer.
-- Pourquoi, trop beau? reprit-elle. Il n'y a rien de trop beau, quand il s'agit du bon Dieu... Si monsieur le curé avait eu de l'or, il y aurait mis de l'or, allez!
Le prêtre ayant fini, elle se hâta de changer la nappe, en ayant bien soin de ne pas effacer les filets. Puis, elle disposa symétriquement la croix, les chandeliers et les vases. L'abbé Mouret était allé s'adosser à côté de Frère Archangias, contre la barrière de bois qui séparait le choeur de la nef. Ils n'échangèrent pas une parole. Ils regardaient la croix d'argent qui, dans l'ombre croissante, gardait des gouttes de lumière, sur les pieds, le long du flanc gauche et à la tempe droite du crucifié. Quand la Teuse eut fini, elle s'avança triomphante:
-- Hein! dit-elle, c'est gentil. Vous verrez le monde, demain, à la messe! Ces païens ne viennent chez Dieu que lorsqu'ils le croient riche... Maintenant, monsieur le curé, il faudra en faire autant à l'autel de la Vierge.
-- De l'argent perdu, gronda Frère Archangias.
Mais la Teuse se fâcha. Et, comme l'abbé Mouret continuait à se taire, elle les emmena tous deux devant l'autel de la Vierge, les poussant, les tirant par leur soutane.
-- Mais regardez donc! Ça jure trop, maintenant que le maître-autel est propre. On ne sait plus même s'il y a eu des peintures. J'ai beau essuyer, le matin, le bois garde toute la poussière. C'est noir, c'est laid... Vous ne savez pas ce qu'on dira, monsieur le curé? On dira que vous n'aimez pas la sainte Vierge, voilà tout.