-- Eh bien! monsieur le curé, vous ne nous regardez donc pas? Ce n'est guère poli... Nous ne jouons que pour vous. Nous cherchons à vous égayer... Allons, regardez le jeu. Ça vous vaudra mieux que de rêvasser. Où étiez-vous encore?
Le prêtre avait eu un tressaillement. Il ne répondit pas, il s'efforça de suivre le jeu, les paupières battantes. La partie continuait avec acharnement. La Teuse regagna son as, puis le reperdit. Certains soirs, ils se disputaient ainsi les as pendant quatre heures; et souvent même ils allaient se coucher, furibonds, n'ayant pu se battre.
-- Mais j'y songe! cria tout d'un coup la Teuse, qui avait une grosse peur de perdre, monsieur le curé devait sortir ce soir. Il a promis au grand Fortuné et à la Rosalie d'aller bénir leur chambre, comme il est d'usage... Vite, monsieur le curé! Le Frère vous accompagnera.
L'abbé Mouret était déjà debout, cherchant son chapeau. Mais Frère Archangias, sans lâcher ses cartes, se fâchait.
-- Laissez donc! Est-ce que ça a besoin d'être béni, ce trou à cochons! Pour ce qu'ils vont y faire de propre, dans leur chambre!... Encore un usage que vous devriez abolir. Un prêtre n'a pas à mettre son nez dans les draps des nouveaux mariés... Restez. Finissons la partie. Ça vaudra mieux.
-- Non, dit le prêtre, j'ai promis. Ces braves gens pourraient se blesser... Restez, vous. Finissez la partie, en m'attendant.
La Teuse, très inquiète, regardait Frère Archangias.
-- Eh bien! oui, je reste, cria celui-ci. C'est trop bête!
Mais l'abbé Mouret n'avait pas ouvert la porte, qu'il se levait pour le suivre, jetant violemment ses cartes. Il revint, il dit à la Teuse:
-- J'allais gagner... Laissez les paquets tels qu'ils sont. Nous continuerons la partie demain.