Il parlait avec sa belle indifférence, en affectant de ne pas s'apercevoir de la présence de Frère Archangias. Mais celui-ci ayant poussé un grognement plus menaçant, il reprit:

-- Eh! curé, vous promenez donc votre cochon avec vous?

-- Attends, brigand! hurla le Frère, les poings fermés.

Jeanbernat, le bâton levé, feignit de le reconnaître.

-- Bas les pattes! cria-t-il. Ah! c'est toi, calotin! J'aurais dû te flairer à l'odeur de ton cuir... Nous avons un compte à régler ensemble. J'ai juré d'aller te couper les oreilles au milieu de ta classe. Ça amusera les gamins que tu empoisonnes.

Le Frère, devant le bâton, recula, la gorge pleine d'injures. Il balbutiait, il ne trouvait plus les mots.

-- Je t'enverrai les gendarmes, assassin! Tu as craché sur l'église, je t'ai vu! Tu donnes le mal de la mort au pauvre monde, rien qu'en passant devant les portes. A Saint-Eutrope, tu as fait avorter une fille en la forçant à mâcher une hostie consacrée que tu avais volée. Au Béage, tu es allé déterrer des enfants que tu as emportés sur ton dos pour tes abominations... Tout le monde sait cela, misérable! Tu es le scandale du pays. Celui qui t'étranglerait gagnerait du coup le paradis.

Le vieux écoutait, ricanant, faisant le moulinet avec son bâton. Entre deux injures de l'autre, il répétait à demi-voix.

-- Va, va, soulage-toi, serpent! Tout à l'heure, je te casserai les reins.

L'abbé Mouret voulut intervenir. Mais Frère Archangias le repoussa, en criant: