-- Tu te portes bien, toi? reprit-il enfin d'une voix changée.

-- Oui, je vais beaucoup mieux, dit l'abbé Mouret en souriant. Je ne vous attendais que jeudi. Ce n'est pas votre jour, le dimanche... Vous avez quelque chose à me communiquer?

Mais l'oncle Pascal ne répondit pas sur-le-champ. Il continuait d'examiner l'abbé. Celui-ci était encore tout trempé des tiédeurs de l'église; il apportait dans ses cheveux l'odeur de l'encens; il gardait au fond de ses yeux la joie de la Croix. L'oncle hocha la tête, en face de cette paix triomphante.

-- Je sors du Paradou, dit-il brusquement. Jeanbernat est venu me chercher cette nuit... J'ai vu Albine. Elle m'inquiète. Elle a besoin de beaucoup de ménagements.

Il étudiait toujours le prêtre en parlant. Il ne vit pas même ses paupières battre.

-- Enfin, elle t'a soigné, ajouta-t-il plus rudement. Sans elle, mon garçon, tu serais peut-être à cette heure dans un cabanon des Tulettes, avec la camisole de force aux épaules... Eh bien! j'ai promis que tu irais la voir. Je t'emmène avec moi. C'est un adieu. Elle veut partir.

-- Je ne puis que prier pour la personne dont vous parlez, dit l'abbé Mouret avec douceur.

Et comme le docteur s'emportait, allongeant un grand coup de canne sur le canapé:

-- Je suis prêtre, je n'ai que des prières, acheva-t-il simplement, d'une voix très ferme.

-- Ah! tiens, tu as raison! cria l'oncle Pascal, se laissant tomber dans un fauteuil, les jambes cassées. C'est moi qui suis un vieux fou. Oui, j'ai pleuré dans mon cabriolet en venant ici, tout seul, ainsi qu'un enfant... Voilà ce que c'est que de vivre au milieu des bouquins. On fait de belles expériences; mais on se conduit en malhonnête homme... Est-ce que j'allais me douter que tout cela tournerait si mal?