-- Non, dit-il, je ne puis.

En accompagnant son oncle, il ajouta:

-- Dites-lui qu'elle s'agenouille et qu'elle implore Dieu... Dieu l'entendra comme il m'a entendu; il la soulagera comme il m'a soulagé. Il n'y a pas d'autre salut.

Le docteur le regarda en face, haussa terriblement les épaules.

-- Adieu, répéta-t-il. Tu te portes bien. Tu n'as plus besoin de moi.

Mais, comme il détachait son cheval, Désirée, qui venait d'entendre sa voix, arriva en courant. Elle adorait l'oncle. Quand elle était plus jeune, il écoutait son bavardage de gamine pendant des heures, sans se lasser. Maintenant encore, il la gâtait, s'intéressait à sa basse-cour, restait très bien un après-midi avec elle, au milieu des poules et des canards, à lui sourire de ses yeux aigus de savant. Il l'appelait "la grande bête", d'un ton d'admiration caressante. Il paraissait la mettre bien au-dessus des autres filles. Aussi se jeta-t-elle à son cou, d'un élan de tendresse. Elle cria:

-- Tu restes? Tu déjeunes?

Mais il l'embrassa, refusant, se débarrassant de son étreinte d'un air bourru. Elle avait un rire clair; elle se pendit de nouveau à ses épaules.

-- Tu as bien tort, reprit-elle. J'ai des oeufs tout chauds. Je guettais les poules. Elles en ont fait quatorze, ce matin... Et nous aurions mangé un poulet, le blanc, celui qui bat les autres. Tu étais là, jeudi, quand il a crevé un oeil au grand moucheté.

L'oncle restait fâché. Il s'irritait contre le noeud de la bride, qu'il ne parvenait pas à défaire. Alors, elle se mit à sauter autour de lui, tapant des mains, chantonnant, sur un air de flûte: