- Vous savez ce que je veux dire, père Bambousse. Elle est grosse, il faut la marier.

- Ah! c'est pour ça, murmura le vieux, de son air goguenard. Merci de la commission, monsieur le curé. Ce sont les Brichet qui vous envoient, n'est-ce pas? La mère Brichet va à la messe, et vous lui donnez un coup de main pour caser son fils; ça se comprend... Mais moi, je n'entre pas là dedans. L'affaire ne me va pas. Voilà tout.

Le prêtre surpris, lui expliqua qu'il fallait couper court au scandale, qu'il devait pardonner à Fortuné, puisque celui-ci voulait bien réparer sa faute, enfin que l'honneur de sa fille exigeait un prompt mariage.

- Ta, ta, ta, reprit Bambousse en branlant la tête, que de paroles! Je garde ma fille, entendez-vous. Tout ça ne me regarde pas... Un gueux, ce Fortuné. Pas deux liards. Ce serait commode si, pour épouser une jeune fille, il suffisait d'aller avec elle. Dame! entre jeunesses, on verrait des noces matin et soir... Dieu merci! je ne suis pas en peine de Rosalie: on sait ce qui lui est arrivé: ça ne la rend ni bancale, ni bossue, et elle se mariera avec qui elle voudra dans le pays.

- Mais son enfant? interrompit le prêtre.

- L'enfant? il n'est pas là, n'est-ce pas? Il n'y sera peut-être jamais... Si elle fait le petit, nous verrons.

Rosalie, voyant comment tournait la démarche du curé, crut devoir s'enfoncer les poings dans les yeux en geignant. Elle se laissa même tomber par terre, montrant ses bas bleus qui lui montaient au-dessus des genoux.

- Tu vas te taire, chienne! cria le père devenu furieux.

Et il la traita ignoblement, avec des mots crus, qui la faisaient rire en-dessous, sous ses poings fermés.

- Si je te trouve avec ton mâle, je vous attache ensemble, je vous amène comme ça devant le monde... Tu ne veux pas te taire? Attends, coquine!