- Les orties ne doivent pas manquer, dit en riant l'abbé Mouret... Ça sent l'humide tout le long de ce mur, vous ne trouvez pas, mon oncle?

Puis, après un silence:

- Et à qui appartient le Paradou, maintenant? demanda-t-il.

- Ma foi, on ne sait pas, répondit le docteur. Le propriétaire est venu dans le pays, il y a une vingtaine d'années. Mais il a été tellement effrayé par ce nid à couleuvres, qu'il n'a plus reparu... Le vrai maître est le gardien de la propriété, ce vieil original de Jeanbernat, qui a trouvé le moyen de se loger dans un pavillon, dont les pierres tiennent encore... Tiens, tu vois, cette masure grise, là bas, avec ces grandes fenêtres mangées de lierre.

Le cabriolet passa devant une grille seigneuriale, toute saignante de rouille, garnie à l'intérieur de planches maçonnées. Les sauts-de-loup étaient noirs de ronces. A une centaine de mètres, le pavillon habité par Jeanbernat se trouvait enclavé dans le parc, sur lequel une de ses façades donnait. Mais le gardien semblait avoir barricadé sa demeure, de ce côté; il avait défriché un étroit jardin, sur la route; il vivait là, au midi, tournant le dos au Paradou, sans paraître se douter de l'énormité des verdures débordant derrière lui.

Le jeune prêtre sauta à terre, regardant curieusement, interrogeant le docteur qui se hâtait d'attacher le cheval à un anneau scellé dans le mur.

- Et ce vieillard vit seul, au fond de ce trou perdu? demanda-t-il.

- Oui, complètement seul, répondit l'oncle Pascal.

Mais il se reprit.

- Il a avec lui une nièce qui lui est tombée sur les bras, une drôle de fille, une sauvage... Dépêchons. Tout a l'air mort dans la maison.