- Va, tu es belle! grondait le vieux. Tu sens l'herbe, à empester... Dirait-on qu'elle a seize ans, cette poupée!

Albine, effrontément, riait plus fort. Le docteur Pascal, qui était son grand ami, se laissa embrasser par elle.

- Alors, tu n'as pas peur dans le Paradou, toi? lui demanda-t-il.

- Peur? de quoi donc? dit-elle avec des yeux étonnés. Les murs sont trop hauts, personne ne peut entrer... Il n'y a que moi. C'est mon jardin, à moi toute seule. Il est joliment grand. Je n'en ai pas encore trouvé le bout.

- Et les bêtes? interrompit le docteur.

- Les bêtes? elles ne sont pas méchantes, elles me connaissent bien.

- Mais il fait noir sous les arbres?

- Pardi! il y a de l'ombre; sans cela, le soleil me mangerait la figure... On est bien à l'ombre, dans les feuilles.

Et elle tournait, emplissant l'étroit jardin du vol de ses jupes, secouant cette âpre senteur de verdure qu'elle portait sur elle. Elle avait souri à l'abbé Mouret, sans honte aucune, sans s'inquiéter des regards surpris dont il la suivait. Le prêtre s'était écarté. Cette enfant blonde, à la face longue, ardente de vie, lui semblait la fille mystèrieuse et troublante de cette forêt entrevue dans une nappe de soleil.

- Dites, j'ai un nid de merles, le voulez-vous? demanda Albine au docteur.