Et toute sa haine de la femme parut. Il ébranla la table d'un coup de poing, il cria ses injures accoutumées:
- Elles ont le diable dans le corps. Elles puent le diable; elles le puent aux jambes, aux bras, au ventre, partout... C'est ce qui ensorcelle les imbéciles.
Le prêtre approuva de la tête. La violence de Frère Archangias, la tyrannie bavarde de la Teuse, étaient comme des coups de lanières, dont il goûtait souvent le cinglement sur ses épaules. Il avait une joie pieuse à s'enfoncer dans la bassesse, entre ces mains pleines de grossièretés populacières. La paix du ciel lui semblait au bout de ce mépris du monde, de cet encanaillement de tout son être. C'était une injure qu'il se réjouissait de faire à son corps, un ruisseau dans lequel il se plaisait à traîner sa nature tendre.
- Il n'y a qu'ordure, murmura-t-il, en pliant sa serviette.
La Teuse desservait la table. Elle voulut enlever l'assiette, où Désirée avait posé le nid de merles.
- Vous n'allez pas coucher là, mademoiselle, dit-elle. Laissez donc ces vilaines bêtes.
Mais Désirée défendit l'assiette. Elle couvrait le nid de ses bras nus, ne riant plus, s'irritant d'être dérangée.
- J'espère qu'on ne va pas garder ces oiseaux, s'écria Frère Archangias. Ça porterait malheur... Il faut leur tordre le cou.
Et il avançait déjà ses grosses mains. La jeune fille se leva, recula, frémissante, serrant le nid contre sa poitrine. Elle regardait le Frère fixement, les lèvres gonflées, d'un air de louve prête à mordre.
- Ne touchez pas les petits, bégaya-t-elle. Vous êtes laid!