Les grandes filles se rapprochaient, faisant les bêtes, échangeant des coups d'oeil luisants.

- Va-t'en, répétait la Teuse; ta place n'est pas ici, entends-tu!

Puis, perdant son peu de patience, brutalement, elle lâcha un mot très gros, qui fit courir un rire d'aise parmi les paysannes.

- Après? dit Rosalie. Est-ce que vous savez ce que font les autres? Vous n'êtes pas allée y voir, n'est-ce pas?

Et elle crut devoir éclater en sanglots. Elle jeta ses rameaux, elle se laissa emmener à quelques pas par l'abbé Mouret, qui lui parlait très sévèrement. Il avait tenté de faire taire la Teuse, il commençait à être gêné au milieu de ces grandes filles éhontées, emplissant l'église, avec leurs brassées de verdure. Elles se poussaient jusqu'au degré de l'autel, l'entouraient d'un coin de forêt vivante, lui apportaient le parfum rude des bois odorants, comme un souffle monté de leurs membres de fortes travailleuses.

- Dépêchons, dépêchons, dit-il en tapant légèrement dans les mains.

- Pardi! j'aimerais mieux être dans mon lit, murmura la Teuse; si vous croyez que c'est commode d'attacher tous ces bouts de bois!

Cependant, elle avait fini par nouer entre les chandeliers de hauts panaches de feuillage. Elle plia l'escabeau, que Catherine alla porter derrière le maître-autel. Elle n'eut plus qu'à planter des massifs, aux deux côtés de la table. Les dernières bottes de verdure suffirent à ce bout de parterre; même il resta des rameaux, dont les filles jonchèrent le sol, jusqu'à la balustrade de bois. L'autel de la Vierge était un bosquet, un enfoncement de taillis, avec une pelouse verte, sur le devant.

La Teuse consentit alors à laisser la place à l'abbé Mouret. Celui-ci monta à l'autel, tapa de nouveau légèrement dans ses mains.

- Mesdemoiselles, dit-il, nous continuerons demain les exercices du Mois de Marie. Celles qui ne pourront venir, devront tout au moins dire leur chapelet chez elles.