Il souriait, il murmurait:

- Oh! pas loin le premier jour, à deux pas de la porte. Vois-tu, je tomberais... Tiens, j'irai là, sous cet arbre, près de la fenêtre.

Elle reprit doucement:

- Veux-tu aller dans le parterre? Tu verras les buissons de roses, les grandes fleurs qui ont tout mangé, jusqu'aux anciennes allées qu'elles plantent de leurs bouquets... Aimes-tu mieux le verger où je ne puis entrer qu'à plat ventre, tant les branches craquent sous les fruits?... Nous irons plus loin encore, si tu te sens des forces. Nous irons jusqu'à la forêt, dans des trous d'ombre, très loin, si loin que nous coucherons dehors, lorsque la nuit viendra nous surprendre... Ou bien, un matin, nous monterons là-haut, sur ces rochers. Tu verras des plantes qui me font peur. Tu verras les sources, une pluie d'eau, et nous nous amuserons à en recevoir la poussière sur la figure... Mais si tu préfères marcher le long des haies, au bord d'un ruisseau, il faudra prendre par les prairies. On est bien sous les saules, le soir, au coucher du soleil. On s'allonge dans l'herbe, on regarde les petites grenouilles vertes sauter sur les brins de jonc.

- Non, non, dit Serge, tu me lasses, je ne veux pas voir si loin... Je ferai deux pas. Ce sera beaucoup.

- Et moi-même, continua-t-elle, je n'ai encore pu aller partout. Il y a bien des coins que j'ignore. Depuis des années que je me promène, je sens des trous inconnus autour de moi, des endroits où l'ombre doit être plus fraîche, l'herbe plus molle... Écoute, je me suis toujours imaginé qu'il y en avait un surtout où je voudrais vivre à jamais. Il est certainement quelque part; j'ai dû passer à côté, ou peut-être se cache-t-il si loin, que je ne suis pas allée jusqu'à lui, dans mes courses continuelles... N'est-ce pas? Serge, nous le chercherons ensemble, nous y vivrons.

- Non, non, tais-toi, balbutia le jeune homme. Je ne comprends pas ce que tu me dis. Tu me fais mourir.

Elle le laissa un instant pleurer dans ses bras, inquiète, désolée de ne pas trouver les paroles qui devaient le calmer.

-Le Paradou n'est donc pas aussi beau que tu l'avais rêvé? demanda-t-elle encore.

Il dégagea sa face, il répondit: