—Monsieur le député, répétait Macqueron très rouge et embarrassé, c'est vraiment un honneur…

Mais M. de Chédeville ne l'écoutait pas, ravi de la jolie mine de Berthe, dont les yeux clairs, aux légers cercles bleuâtres, le regardaient hardiment. Sa mère disait son âge, racontait où elle avait fait ses études, et elle-même, souriante, saluante, invita le monsieur à entrer, s'il daignait.

—Comment donc, ma chère enfant! s'écria-t-il.

Pendant ce temps, l'abbé Godard, qui s'était emparé de Hourdequin, le suppliait une fois de plus de décider le conseil municipal à voter des fonds, pour que Rognes eût enfin un curé à demeure. Il y revenait tous les six mois, il donnait ses raisons: sa fatigue, ses continuelles querelles avec le village, sans compter l'intérêt du culte.

—Ne me dites pas non! ajouta-t-il vivement en voyant le fermier faire un geste évasif. Parlez-en toujours, j'attends la réponse.

Et, au moment où M. de Chédeville allait suivre Berthe, il se précipita, il l'arrêta, de son air têtu et bonhomme.

—Pardon, monsieur le député. La pauvre église, ici, est dans un tel état!… Je veux vous la montrer, il faut que vous m'obteniez des réparations. Moi, on ne m'écoute point… Venez, venez, je vous en prie.

Très ennuyé, l'ancien beau résistait, lorsque Hourdequin, apprenant de Macqueron que plusieurs des conseillers municipaux étaient à la mairie, où ils l'attendaient depuis une demi-heure, dit en homme sans gêne:

—C'est ça, allez donc voir l'église… Vous tuerez le temps jusqu'à ce que j'aie fini, et vous me ramènerez chez moi.

M. de Chédeville dut suivre l'abbé. Les groupes avaient grossi, plusieurs se mirent en marche, derrière ses talons. On s'enhardissait, tous songeaient à lui demander quelque chose.