Et, faisant monter Lise dans sa voiture:

—Allons, houp! que je te ramène!… Je passerai par Rognes, ça ne m'allongera guère.

Jean revint seul dans sa voiture. Il trouvait ça naturel, il les suivit. Cloyes dormait, retombé à sa paix morte, éclairé par les étoiles jaunes des réverbères; et, de la cohue du marché, on n'entendait plus; que le pas attardé et trébuchant d'un paysan ivre. Puis, la route s'étendit toute noire. Il finit pourtant par apercevoir l'autre voiture, celle qui emportait le ménage. Ça valait mieux, c'était très bien. Et il sifflait fortement, rafraîchi par la nuit, libre et envahi d'une allégresse.

VII

On était de nouveau à l'époque de la fenaison, par un ciel bleu et très chaud, que des brises rafraîchissaient; et l'on avait fixé le mariage au jour de la Saint-Jean, qui tombait cette année-là un samedi.

Les Fouan avaient bien recommandé à Buteau de commencer les invitations par la Grande, l'aînée de la famille. Elle exigeait des égards, en reine riche et redoutée. Aussi Buteau, un soir, s'en alla-t-il avec Lise, tous les deux endimanchés, la prier d'assister à la noce, à la cérémonie, puis au repas, qui devait avoir lieu chez la mariée.

La Grande tricotait, seule dans sa cuisine; et, sans ralentir le jeu des aiguilles, elle les regarda fixement, elle les laissa s'expliquer, redire à trois reprises les mêmes phrases. Enfin, de sa voix aiguë:

—A la noce, ah! non, bien sûr!… Qu'est-ce que j'irais faire, à la noce?… C'est bon pour ceux qui s'amusent.

Ils avaient vu sa face de parchemin se colorer, à l'idée de cette bombance qui ne lui coûterait rien; ils étaient certains qu'elle accepterait; mais l'usage voulait qu'on la priât beaucoup.

—Ma tante, là, vrai! ça ne peut pas se passer sans vous.