—Tu arrives bien, toi. Ces deux-là se mangeaient… Françoise veut qu'on partage, pour nous quitter.
—Comment? cette gamine! cria Jean, saisi.
Son désir était devenu une passion violente, cachée; et il n'avait d'autre satisfaction que de la voir dans cette maison, où il était reçu en ami. Vingt fois déjà, il l'aurait demandée en mariage, s'il ne s'était pas trouvé si vieux pour elle si jeune: il avait beau attendre, les quinze années de différence ne se comblaient pas. Personne ne semblait se douter qu'il pût songer à elle, ni elle-même, ni sa soeur, ni son beau-frère. Aussi était-ce pour cela que ce dernier l'accueillait si cordialement, sans peur des suites.
—Gamine, ah! c'est le vrai mot, dit-il avec un haussement paternel des épaules.
Mais Françoise, raidie, les yeux à terre, s'entêtait.
—Je veux ma part.
—Ce serait le plus sage, murmura le vieux Fouan.
Alors, Jean la prit doucement par les poignets, l'attira contre ses genoux; et il la gardait ainsi, les mains frémissantes de lui sentir la peau, il lui parlait de sa bonne voix, qui s'altérait, à mesure qu'il la suppliait de rester. Où irait-elle? chez des étrangers, en condition à Cloyes ou à Châteaudun? Est-ce qu'elle n'était pas mieux, dans cette maison où elle avait grandi, au milieu de gens qui l'aimaient? Elle l'écoutait, et elle s'attendrissait à son tour; car, si elle ne pensait guère à voir en lui un amoureux, elle lui obéissait volontiers d'habitude, beaucoup par amitié et un peu par crainte, le trouvant très sérieux.
—Je veux ma part, répéta-t-elle, ébranlée; seulement, je ne dis pas que je m'en irai.
—Eh! bête, intervint Buteau, qu'est-ce que tu en ficheras, de ta part, si tu restes? Tu as tout, comme ta soeur, comme moi: pourquoi en veux-tu la moitié?… Non, c'est à crever de rire!… Écoutes-bien. Le jour où tu te marieras, on fera le partage.