Un instant, il resta immobile. Puis, du même pas rageur, il se mit à redescendre la côte, derrière le paysan; et ce fut ainsi qu'ils rentrèrent dans l'église, sans avoir échangé un mot. La cérémonie fut bâclée, le prêtre bouscula le _Credo _du parrain et de la marraine, oignit l'enfant, appliqua le sel, versa l'eau, violemment. Déjà, il faisait signer sur le registre.

—Monsieur le curé, dit Mme Charles, j'ai une boîte de bonbons pour vous, mais elle est dans la malle.

Il eut un geste de remerciement, il partit, après avoir répété, en se tournant vers tous:

—Et adieu, cette fois!

Les Buteau et leur monde, essoufflés d'avoir été menés d'un tel train, le regardèrent disparaître au coin de la place, dans l'envolement noir de sa soutane. Tout le village était aux champs, il n'y avait là que trois gamins, convoitant des dragées. Au milieu du grand silence, on entendait le ronflement lointain de la batteuse à vapeur, qui ne cessait pas.

Dès qu'on fut rentré chez les Buteau, à la porte desquels la carriole était restée avec la malle, on tomba d'accord qu'on allait boire un coup, puis qu'on reviendrait dîner le soir. Il n'était que quatre heures, qu'est-ce qu'on aurait fait ensemble, jusqu'à sept? Alors, quand les verres et les deux litres furent sur la table de la cuisine, Mme Charles voulut absolument qu'on descendît la malle, pour faire ses cadeaux. Elle l'ouvrit, en tira la robe et le bonnet qui arrivaient un peu tard, sortit ensuite les six boîtes de bonbons qu'elle donnait à l'accouchée.

—Ça vient de la confiserie de maman? demanda Élodie, qui les regardait.

Mme Charles eut une seconde d'embarras. Puis, tranquillement:

—Non, ma mignonne, ta mère n'a pas cette spécialité.

Et, se tournant vers Lise: