—Dame! si les Prussiens nous emmerdent…. On ne peut pas les laisser se foutre de nous.

Delhomme n'était pas de cet avis. Il hocha la tête, il déclara que ce serait la fin des campagnes, si l'on y revoyait les Cosaques comme après Napoléon. Ça ne rapportait rien de se cogner; valait mieux s'entendre.

—Ce que j'en dis, c'est pour les autres…. J'ai mis de l'argent, chez monsieur Baillehache. Quoi qu'il arrive, Nénesse, qui tire demain, ne partira pas.

—Bien sûr, conclut Jean, calmé. C'est comme moi, qui ne leur dois plus rien et qui suis marié à cette heure, je m'en fiche qu'ils se battent!… Ah! c'est avec les Prussiens! Eh bien! on leur allongera une raclée, voilà tout!

—Bonsoir, Caporal!

—Bonsoir!

Delhomme repartit, s'arrêta plus loin pour crier de nouveau la nouvelle, la cria plus loin une troisième fois; et la menace de la guerre prochaine vola par la Beauce, dans la grande tristesse du ciel de cendre.

Jean, ayant terminé, eut l'idée d'aller tout de suite à la Borderie chercher la semence promise. Il détela, laissa la charrue au bout du champ, sauta sur son cheval. Comme il s'éloignait, la pensée de Fouan lui revint, il le chercha et ne le trouva plus. Sans doute, le vieux s'était mis à l'abri du froid, derrière une meule de paille, restée dans la pièce aux Buteau.

A la Borderie, après avoir attaché sa bête, Jean appela inutilement; tout le monde devait être en besogne dehors; et il était entré dans la cuisine vide, il tapait du poing sur la table, lorsqu'il entendit enfin la voix de Jacqueline monter de la cave, où se trouvait la laiterie. On y descendait par une trappe, qui s'ouvrait au pied même de l'escalier, si mal placée, qu'on redoutait toujours des accidents.

—Hein? qui est-ce?