Mais Françoise ne lui laissa pas le temps de s'expliquer. Un moment, elle était demeurée par terre, comme succombant sous la violence de cette joie d'amour, qu'elle ignorait. Brusquement, la vérité s'était faite: elle aimait Buteau, elle n'en avait jamais aimé, elle n'en aimerait jamais un autre. Cette découverte l'emplit de honte, l'enragea contre elle-même, dans la révolte de toutes ses idées de justice. Un homme qui n'était pas à elle, l'homme à cette soeur qu'elle détestait, le seul homme qu'elle ne pouvait avoir sans être une coquine! Et elle venait de le laisser aller jusqu'au bout, et elle l'avait serré si fort, qu'il la savait à lui!

D'un bond, elle se leva, égarée, défaite, crachant toute sa peine en mots entrecoupés.

—Cochons! salops!… Oui, tous les deux, des salops, des cochons!… Vous m'avez abîmée. Y en a qu'on guillotine, et qui en ont moins fait…. Je le dirai à Jean, sales cochons! C'est lui qui réglera votre compte.

Buteau haussait les épaules, goguenard, content d'y être arrivé enfin.

—Laisse donc! tu en mourais d'envie, je t'ai bien sentie gigoter…. Nous recommencerons ça.

Cette rigolade acheva d'exaspérer Lise, et toute la colère qui montait en elle contre son mari, creva sur sa cadette.

—C'est vrai, putain! je t'ai vue. Tu l'as empoigné, tu l'as forcé…. Quand je disais que tout mon malheur venait de toi! Ose répéter à présent que tu ne m'as pas débauché mon homme, oui! tout de suite au lendemain du mariage, lorsque je te mouchais encore!

Sa jalousie éclatait, singulière après ses complaisances, une jalousie qui portait moins sur l'acte que sur la moitié de ce que sa soeur lui avait pris dans l'existence. Si cette fille de son sang n'était pas née, est-ce qu'il lui aurait fallu partager tout? Elle l'exécrait d'être plus jeune, plus fraîche, plus désirée.

—Tu mens! criait Françoise. Tu sais bien que tu mens!

—Ah! je mens! Ce n'est peut-être pas toi qui voulais de lui, qui le poursuivais jusque dans la cave.