—T'es une fière gueuse, gronda-t-il. Ça n'empêche que tu vas venir.
Autrement, je te règle ton compte, comme à l'autre.

La Cognette marcha sur lui, les poings serrés.

—Essaye voir!

Il était bien fort, gros et grand, et elle était bien faible, avec sa taille mince, son corps fin de jolie fille. Mais ce fut lui qui recula, tant elle lui sembla effrayante, les dents prêtes à mordre, les regards aigus, luisants comme des couteaux.

—C'est fini, va-t'en!… Plutôt que d'aller avec toi, je préférerais ne revoir jamais d'homme… Va-t'en, va-t'en, va-t'en!

Et Tron s'en alla; à reculons, dans une retraite de bête carnassière et lâche, cédant à la crainte, remettant sournoisement sa vengeance. Il la regarda, il dit encore:

—Morte ou vivante, j'aurai ta peau!

Jacqueline, quand il fut sorti de la ferme, eut un soupir de bon débarras. Puis, se retournant, frémissante, elle ne s'étonna point de voir Jean, elle s'écria dans un élan de franchise:

—Ah! la canaille, ce que je le ferais pincer par les gendarmes, si je ne craignais d'être emballée avec lui!

Jean restait glacé. Une réaction nerveuse se produisait, d'ailleurs, chez la jeune femme: elle étouffa, elle tomba dans ses bras, en sanglotant, en répétant qu'elle était malheureuse, oh! malheureuse, bien malheureuse! Ses larmes coulaient sans fin, elle voulait être plainte, être aimée, elle s'attachait à lui, comme si elle avait désiré que celui-ci l'emportât et la gardât. Et il commençait à être très ennuyé, lorsque le beau-frère du mort, le notaire Baillehache, qu'un valet de la ferme était allé prévenir, sauta de son cabriolet, dans la cour. Alors, Jacqueline courut à lui, étala son désespoir.