Les yeux noirs de Françoise s'allumèrent. Elle était très pâle, elle bégaya, révoltée:
—Ta vache, ta vache… Tu pourrais bien dire notre vache.
—Comment, notre vache? une vache à toi, gamine!
—Oui, la moitié de tout ce qui est ici est à moi, j'ai le droit d'en prendre et d'en abîmer la moitié, si ça m'amuse!
Et les deux soeurs, face à face, se dévisagèrent, menaçantes, ennemies. Dans leur longue tendresse, c'était la première querelle douloureuse, sous ce coup de fouet du tien et du mien, l'une irritée de la rébellion de sa cadette, l'autre obstinée et violente devant l'injustice. L'aînée céda, rentra dans la cuisine pour ne pas gifler la petite. Et, lorsque celle-ci, après avoir mis ses vaches à l'étable, reparut et vint à la huche se couper une tranche de pain, il se fit un silence.
Lise, pourtant, s'était calmée. La vue de sa soeur, raidie et boudeuse, l'ennuyait maintenant. Elle lui parla la première, elle voulut en finir par une nouvelle imprévue.
—Tu ne sais pas? Jean veut que je l'épouse, il me demande.
Françoise, qui mangeait debout, devant la fenêtre, resta indifférente, ne se tourna même pas.
—Qu'est-ce que ça me fiche?
—Ça te fiche, que tu l'aurais pour beau-frère, et que je désire savoir s'il te plairait.