«Oh! à la Bourse, jamais!» répondît le jeune homme, avec un geste violent, comme s'il chassait le souvenir tragique de son père.
Puis, se remettant à sourire:
«Vous savez que je me suis marié... Oui, avec une petite amie d'enfance. On nous avait fiancés aux jours où j'étais riche, et elle s'est entêtée à vouloir quand même du pauvre diable que je suis devenu.
—Parfaitement, j'ai reçu la lettre de faire part, dit Saccard. Et imaginez-vous que j'ai été en rapport, autrefois, avec votre beau-père, M. Maugendre, lorsqu'il avait sa manufacture de bâches, à la Villette. Il a dû y gagner une jolie fortune.»
Cette conversation avait lieu prés d'un banc, et Jordan l'interrompit, pour présenter un monsieur gros et court, à l'aspect militaire, qui se trouvait assis, et avec lequel il causait, lors de la rencontre.
«Monsieur le capitaine Chave, un oncle de ma femme.... Mme Maugendre, ma belle-mère, est une Chave, de Marseille.»
Le capitaine s'était levé, et Saccard salua. Celui-ci connaissait de vue cette figure apoplectique, au cou raidi par l'usage du col de crin, un de ces types d'infimes joueurs au comptant, qu'on était certain de rencontrer tous les jours là, d'une heure à trois. C'est un jeu de gagne-petit, un gain presque assuré de quinze à vingt francs, qu'il faut réaliser dans la même Bourse.
Jordan avait ajouté avec son bon rire expliquant sa présence:
«Un boursier féroce, mon oncle, dont je ne fais, parfois, que serrer la main en passant.
—Dame! dit simplement le capitaine, il faut bien jouer, puisque le gouvernement, avec sa pension, me laisse crever de faim.»