«Je n'aime guère ce bilan si actif, dit-il enfin. Ce sont de véritables dividendes que vous allez donner là à vos actionnaires, puisque vous libérez leurs titres; et il faut être certain que toutes les sommes sont bien acquises: autrement, on nous accuserait avec raison d'avoir distribué des dividendes fictifs.»
Saccard s'emporta.
«Comment! mais je suis au-dessous de l'estimation! Voyez donc si je n'ai pas été raisonnable: est-ce que les Paquebots, est-ce que le Carmel, est-ce que la Banque turque ne vont pas donner des gains supérieurs à ceux que j'ai inscrits? Vous m'apportez de là-bas des bulletins de victoire, tout marche, tout prospère, et c'est vous qui me chicanez sur la certitude de notre succès!»
Souriant, Hamelin le calma d'un geste. Si, si! il avait la foi. Seulement, il était pour le cours régulier des choses.
«En effet, dit doucement Mme Caroline, à quoi bon se presser? Ne pourrait-on attendre avril pour cette augmentation de capital?... Ou encore, puisque vous avez besoin de vingt-cinq millions de plus, pourquoi n'émettez-vous pas les actions à mille ou douze cents francs tout de suite, ce qui vous éviterait d'anticiper sur les gains du prochain bilan?»
Un instant interloqué, Saccard la regardait, en s'étonnant qu'elle eût trouvé cela.
«Sans doute, à onze cents francs, au lieu de huit cent cinquante, les cent mille actions produiraient juste les vingt-cinq millions.
—Eh bien, c'est tout trouvé, alors, reprit-elle. Vous ne craignez pas que les actionnaires regimbent. Ils donneront aussi bien onze cents francs que huit cent cinquante.
—Ah! oui, certes! ils donneront tout ce qu'on voudra! et ils se battront encore, à qui donnera davantage!... Les voilà en folie, ils démoliraient l'hôtel pour nous apporter leur argent.»
Mais, brusquement, il revint à lui, il eut un sursaut de violente protestation.