«Oui, c'est embêtant, moi qui comptais sur vous.... Parce que, n'est-ce pas? s'il doit y avoir quelque catastrophe, il faudrait être prévenu, afin de pouvoir se retourner.... Oh! je ne crois pas que ça presse, c'est très solide encore. Seulement, on voit des choses si drôles...» A mesure qu'il la regardait ainsi, un plan germait dans sa tête.
«Dites donc, reprit-il brusquement, puisque Saccard vous lâche, vous devriez vous mettre bien avec Gundermann.»
Elle resta un moment surprise.
«Gundermann, pourquoi?... Je le connais un peu, je l'ai rencontré chez les de Roiville et chez les Keller.
—Tant mieux, si vous le connaissez.... Allez le voir sous un prétexte, causez avec lui, tâchez d'être son amie.... Vous imaginez-vous cela: être la bonne amie de Gundermann, gouverner le monde!»
Et il ricanait, aux images licencieuses qu'il évoquait du geste, car la froideur du juif était connue, rien ne devait être plus compliqué ni plus difficile que de le séduire. La baronne, ayant compris, eut un sourire muet, sans se fâcher.
«Mais répéta-t-elle, pourquoi Gundermann?»
Il expliqua alors que, certainement, ce dernier était à la tête du groupe de baissiers qui commençaient à manœuvrer contre l'Universelle. Ça, il le savait, il en avait la preuve. Puisque Saccard n'était pas gentil, la simple prudence n'était-elle pas de se mettre bien avec son adversaire, sans rompre avec lui d'ailleurs? On aurait un pied dans chaque camp, on serait assuré d'être, le jour de la bataille, en compagnie du vainqueur. Et, cette trahison, il la proposait d'un air aimable, simplement en homme de bon conseil. Si une femme travaillait pour lui, il dormirait bien tranquille.
«Hein? voulez-vous? soyons ensemble.... Nous nous préviendrons, nous nous dirons tout ce que nous aurons appris.»
Comme il s'emparait de sa main, elle la retira d'un mouvement instinctif croyant à autre chose.