Le député le regardait, ébahi.

«Avec Gundermann, pourquoi?... Je me mets avec mes intérêts, oh! simplement! Moi, vous savez, je ne suis pas un casse-cou. Non, je n'ai pas tant d'estomac, j'aime mieux réaliser tout de suite, dès qu'il y a un joli bénéfice. Et c'est peut-être bien pour cela que je n'ai jamais perdu.»

Il souriait de nouveau, en Normand prudent et avisé, qui, sans fièvre, engrangeait sa moisson.

«Un administrateur de la société! continuait Saccard violemment. Mais qui voulez-vous donc qui ait confiance? que doit-on penser, à vous voir vendre ainsi, en plein mouvement de hausse? Parbleu! je ne m'étonne plus, si l'on prétend que notre prospérité est factice et que le jour de la dégringolade approche.... Ces messieurs vendent, vendons tous. C'est la panique!»

Huret, silencieux, eut un geste vague. Au fond, il s'en moquait, son affaire était faite. Il n'avait à présent que le souci de remplir la mission dont Rougon l'avait chargé, le plus proprement possible, sans avoir trop à en souffrir lui-même.

«Je vous disais donc, mon cher, que j'étais venu pour vous donner un avis désintéressé... Le voici. Soyez sage, votre frère est furieux, il vous abandonnera carrément, si vous vous laissez vaincre.»

Saccard, refrénant sa colère, ne broncha pas.

«C'est lui qui vous envoie me dire ça?»

Après une hésitation, le député jugea préférable d'avouer.

«Eh bien, oui, c'est lui.... Oh! vous ne supposez pas que les attaques de L'Espérance soient pour quelque chose dans son irritation. Il est au-dessus de ces blessures d'amour-propre.... Non! mais en vérité, songez combien la campagne catholique de votre journal doit gêner sa politique actuelle. Depuis ces malheureuses complications de Rome, il a tout le clergé à dos, il vient encore d'être forcé de faire condamner un évêque comme d'abus.... Et, pour l'attaquer, vous allez justement choisir le moment où il a grand-peine à ne pas se laisser déborder par l'évolution libérale, née des réformes du 9 janvier, qu'il a consenti à appliquer, comme on dit, dans l'unique désir de les endiguer sagement.... Voyons, vous êtes son frère, croyez-vous qu'il soit content?