Saccard, une seconde fois, fut ému, plus ému qu'il ne venait de l'être, la première lorsque la comtesse lui avait confié, elle aussi, la dot de sa fille. Cet homme simple, ce tout petit capitaliste aux économies grattées sou à sou, n'était-ce pas la foule croyante, confiante, la grande foule qui fait les clientèles nombreuses et solides, l'armée fanatisée qui arme une maison de crédit d'une force invincible? si ce brave homme accourait ainsi, avant toute publicité, que serait-ce lorsque les guichets seraient ouverts? Son attendrissement souriait à ce premier petit actionnaire, il voyait là le présage d'un gros succès.

«Entendu, mon ami, vous aurez des actions.»

La face de Dejoie rayonna, comme à l'annonce d'une grâce inespérée.

«Monsieur est trop bon.... N'est-ce pas? en six mois, de façon à compléter la somme.... Et, puisque monsieur je puis bien, avec mes quatre mille, en gagner deux mille, y consent, j'aime mieux régler ça tout de suite. J'ai apporté l'argent.»

Il se fouilla, tira une enveloppe, qu'il tendit à Saccard, immobile, silencieux, saisi d'une admiration charmée, à ce dernier trait. Et le terrible corsaire, qui avait déjà écumé tant de fortunes, finit par éclater d'un bon rire, résolu honnêtement à l'enrichir aussi, cet homme de foi.

«Mais, mon brave, ça ne se fait point ainsi.... Gardez votre argent, je vous inscrirai, et vous paierez en temps et lieu.»

Cette fois, il les congédia, après que Dejoie l'eut tait remercier par Nathalie, dont un sourire de contentement éclairait les beaux yeux durs et candides.

Lorsque Maxime se retrouva enfin seul avec son père, il dit, de son air d'insolence moqueuse:

«Voilà que tu dotes les jeunes filles, maintenant.

—Pourquoi pas? répondit gaiement Saccard. C'est un bon placement que le bonheur des autres.»