— Tiens! fit remarquer Léonie, il a un lorgnon. Oh! c'est un homme chic… Il attend Augustine, bien sûr.

Mais Augustine, une grande blonde laide, répondit aigrement qu'elle n'aimait pas les vieux. Et madame Lerat, hochant la tête, murmura avec son sourire pincé, plein de sous-entendu:

— Vous avez tort, ma chère; les vieux sont plus tendres.

A ce moment, la voisine de Léonie, une petite personne grasse, lui lâcha dans l'oreille une phrase; et Léonie, brusquement, se renversa sur sa chaise, prise d'un accès de fou rire, se tordant, jetant des regards vers le monsieur et riant plus fort. Elle bégayait:

— C'est ça, oh! c'est ça!… Ah! cette Sophie, est-elle sale!

— Qu'est-ce qu'elle a dit? qu'est-ce qu'elle a dit? demandait tout l'atelier brûlant de curiosité.

Léonie essuyait les larmes de ses yeux, sans répondre. Quand elle fut un peu calmée, elle se remit à gaufrer, en déclarant:

— Ça ne peut pas se répéter.

On insistait, elle refusait de la tête, reprise par des bouffées de gaieté. Alors Augustine, sa voisine de gauche, la supplia de le lui dire tout bas. Et Léonie, enfin, voulut bien le lui dire, les lèvres contre l'oreille. Augustine se renversa, se tordit à son tour. Puis, elle-même répéta la phrase, qui courut ainsi d'oreille à oreille, au milieu des exclamations et des rires étouffés. Lorsque toutes connurent la saleté de Sophie, elles se regardèrent, elles éclatèrent ensemble, un peu rouges et confuses pourtant. Seule, madame Lerat ne savait pas. Elle était très vexée.

— C'est bien mal poli ce que vous faites là, mesdemoiselles, dit-elle. On ne se parle jamais tout bas, quand il y a du monde… Quelque indécence, n'est-ce pas? Ah! c'est du propre!