— Ah! fichtre alors, je garderai votre petite machine! reprit Lantier en riant. Vous savez, je me la mettrai au cou avec un ruban.
Puis, brusquement, comme si cette idée en éveillait une autre:
— A propos! s'écria-t-il, j'ai rencontré Nana, hier soir.
Du coup, l'émotion de cette nouvelle assit Gervaise dans la mare d'eau sale qui emplissait la boutique. Elle demeura suante, essoufflée, avec sa brosse à la main.
— Ah! murmura-t-elle simplement.
— Oui, je descendais la rue des Martyrs, je regardais une petite qui se tortillait au bras d'un vieux, devant moi, et je me disais: Voilà un troufignon que je connais… Alors, j'ai redoublé le pas, je me suis trouvé nez à nez avec ma sacrée Nana… Allez, vous n'avez pas à la plaindre, elle est bien heureuse, une jolie robe de laine sur le dos, une croix d'or au cou, et l'air drôlichon avec ça!
— Ah! répéta Gervaise d'une voix plus sourde.
Lantier, qui avait fini les pastilles, prit un sucre d'orge dans un autre bocal.
— Elle a un vice, cette enfant! continua-t-il. Imaginez-vous qu'elle m'a fait signe de la suivre, avec un aplomb boeuf. Puis, elle a remisé son vieux quelque part, dans un café… Oh! épatant, le vieux! vidé, le vieux!… Et elle est revenue me rejoindre sous une porte. Un vrai serpent! gentille, et faisant sa tata, et vous lichant comme un petit chien! Oui, elle m'a embrassé, elle a voulu savoir des nouvelles de tout le monde… Enfin, j'ai été bien content de la rencontrer.
— Ah! dit une troisième fois Gervaise.