—J'ai bien compris en vous voyant, reprit-elle. Pour qu'il ne soit pas là, il faut qu'il soit malade.
Alors, elle insista.
—Il est malade, très malade, n'est-ce pas?
Il ne répondait plus, il pâlissait davantage, et elle le regarda. A ce moment, elle vit la mort sur lui, sur ses mains frémissantes encore, qui avaient soigné le mourant, sur sa face désespérée, dans ses yeux troubles, qui gardaient le reflet de l'agonie, dans tout son désordre de médecin qui était là depuis douze heures, à lutter, impuissant.
Elle eut un grand cri.
—Mais il est mort!
Et elle chancela, foudroyée, elle s'abattit entre les bras de Ramond, qui l'étreignit fraternellement, dans un sanglot. Tous les deux, au cou l'un de l'autre, pleurèrent.
Puis, lorsqu'il l'eut assise sur une chaise et qu'il put parler:
—C'est moi, hier, vers dix heures et demie, qui ai mis au télégraphe la dépêche que vous avez reçue. Il était si heureux, si plein d'espoir! Il faisait des rêves d'avenir, un an, deux ans de vie…. Et c'est ce matin, à quatre heures, qu'il a été pris de la première crise et qu'il m'a envoyé chercher. Tout de suite, il s'était vu perdu. Mais il espérait durer jusqu'à six heures, vivre assez pour vous revoir…. Le mal a marché trop vite. Il m'en a dit les progrès jusqu'au dernier souffle, minute par minute, comme un professeur qui dissèque à l'amphithéâtre. Il est mort avec votre nom aux lèvres, calme et désespéré, en héros.
Clotilde aurait voulu courir, monter d'un bond dans la chambre, et elle restait clouée, sans force pour quitter la chaise. Elle avait écouté, les yeux noyés de grosses larmes qui coulaient sans fin. Chacune des phrases, le récit de cette mort stoïque retentissait dans son coeur, s'y gravait profondément. Elle reconstituait l'abominable journée. A jamais elle devait la revivre.