Pascal se récria.

—Lui! j'espère bien que non!

Il ne haïssait personne, et seul, M. Bellombre, cet ancien professeur de septième, aujourd'hui retraité, vivant dans sa petite maison sans autre compagnie que celle d'un jardinier, muet et sourd, plus âgé que lui, avait le don de l'exaspérer.

—Un gaillard qui a eu peur de la vie, entends-tu? peur de la vie!… Oui! égoïste, dur et avare! S'il a chassé la femme de son existence, ça n'a été que dans la terreur d'avoir à lui payer des bottines. Et il n'a connu que les enfants des autres, qui l'ont fait souffrir: de là, sa haine de l'enfant, cette chair à punitions…. La peur de la vie, la peur des charges et des devoirs, des ennuis et des catastrophes! la peur de la vie qui fait, dans l'épouvante où l'on est de ses douleurs, que l'on refuse ses joies! Ah! vois-tu, cette lâcheté me soulève, je ne puis la pardonner…. Il faut vivre, vivre tout entier, vivre toute la vie, et plutôt la souffrance, la souffrance seule, que ce renoncement, cette mort à ce qu'on a de vivant et d'humain en soi!

M. Bellombre s'était levé, et il suivait une allée de son jardin, à petits pas paisibles. Alors, Clotilde, qui le regardait toujours, silencieuse, dit enfin:

—Il y a pourtant la joie du renoncement. Renoncer, ne pas vivre, se garder pour le mystère, cela n'a-t-il pas été tout le grand bonheur des saints?

—S'ils n'ont pas vécu, cria Pascal, ils ne peuvent pas être des saints.

Mais il la sentit qui se révoltait, qui allait de nouveau lui échapper. Dans l'inquiétude de l'au delà, tout au fond, il y a la peur et la haine de la vie. Aussi retrouva-t-il son bon rire, si tendre et si conciliant.

—Non, non! en voilà assez pour aujourd'hui, ne nous disputons plus, aimons-nous bien fort…. Et, tiens! Martine nous appelle, allons dîner.

III