Elle ne bougeait toujours point, il la supplia de rentrer à dix reprises, sans qu'elle fit un mouvement. Lui-même avait fini par s'asseoir près d'elle, dans l'herbe rase, et il sentait sous lui la tiédeur du pavé.
—Enfin, tu ne peux coucher dehors…. Réponds-moi au moins. Qu'est-ce que tu fais là?
—Je regarde.
Et, de ses grands yeux immobiles, élargis et fixes, ses regards semblaient monter plus haut, parmi les étoiles. Elle était toute dans l'infini pur de ce ciel d'été, au milieu des astres.
—Ah! maître, reprit-elle, d'une voix lente et égale, ininterrompue, comme cela est étroit et borné, tout ce que tu sais, à côté de ce qu'il y a sûrement là-haut…. Oui, si je ne t'ai pas répondu, c'était que je pensais à toi et que j'avais une grosse peine…. Il ne faut pas me croire méchante.
Un tel frisson de tendresse avait passé dans sa voix, qu'il en fut profondément ému. Il s'allongea à son côté, également sur le dos. Leurs coudes se touchaient. Ils causèrent.
—Je crains bien, chérie, que tes chagrins ne soient pas raisonnables….
Tu penses à moi et tu as de la peine. Pourquoi donc?
—Oh! pour des choses que j'aurais de la peine à t'expliquer. Je ne suis pas une savante. Cependant, tu m'as appris beaucoup, et j'ai moi-même appris davantage, en vivant avec toi. D'ailleurs, ce sont des choses que je sens…. Peut-être que j'essayerai de te le dire, puisque nous sommes là, si seuls, et qu'il fait si beau!
Son coeur plein débordait, après des heures de réflexion, dans la paix confidentielle de l'admirable nuit. Lui, ne parla pas, ayant peur de l'inquiéter.
—Quand j'étais petite et que je t'entendais parler de la science, il me semblait que tu parlais du bon Dieu, tellement tu brûlais d'espérance et de foi. Rien ne te paraissait plus impossible. Avec la science, on allait pénétrer le secret du monde et réaliser le parfait bonheur de l'humanité…. Selon toi, c'était à pas de géant qu'on marchait. Chaque jour amenait sa découverte, sa certitude. Encore dix ans, encore cinquante ans, encore cent ans peut-être, et le ciel serait ouvert, nous verrions face à face la vérité…. Eh bien! les années marchent, et rien ne s'ouvre, et la vérité recule.