—Quoi donc?
—C'est la clef de l'armoire que tu as dû laisser tomber de ta poche hier, et que j'ai ramassée ici, ce matin.
Alors, Pascal la prit, avec une émotion extraordinaire. Il la regardait, il regardait Clotilde. C'était donc fini? Elle ne le persécuterait plus, elle ne s'enragerait plus à tout voler, à tout brûler? Et, la voyant très émue, elle aussi, il en eut une joie immense au coeur.
Il la saisit, il l'embrassa.
—Ah! fillette, si nous pouvions n'être pas trop malheureux!
Puis, il alla ouvrir un tiroir de sa table, et il y jeta la clef, comme autrefois.
Dès lors, il retrouva des forces, la convalescence marcha plus rapide. Des rechutes étaient possibles encore, car il restait bien ébranlé. Mais il put écrire, les journées furent moins lourdes. Le soleil s'était également ragaillardi, la chaleur devenait déjà telle, dans la salle, qu'il fallait parfois clore à demi les volets. Il refusait de recevoir, tolérait à peine Martine, faisait répondre à sa mère qu'il dormait, quand elle venait prendre de ses nouvelles, de loin en loin. Et il n'était content que dans cette délicieuse solitude, soigné par la révoltée, l'ennemie d'hier, l'élève soumise d'aujourd'hui. De longs silences régnaient entre eux, sans qu'ils en fussent gênés. Ils réfléchissaient, ils rêvaient avec une infinie douceur.
Pourtant, un jour, Pascal parut très grave. Il avait la conviction à présent que son mal était purement accidentel et que la question d'hérédité n'y avait joué aucun rôle. Mais cela ne l'emplissait pas moins d'humilité.
—Mon Dieu! murmura-t-il, que nous sommes peu de chose! Moi qui me croyais si solide, qui étais si fier de ma saine raison! Voilà qu'un peu de chagrin et un peu de fatigue ont failli me rendre fou!
Il se tut, réfléchit encore. Ses yeux s'éclairaient, il achevait de se vaincre. Puis, dans un moment de sagesse et de courage, il se décida.