Les Hubert en eurent l'âme retournée, bégayant, près de pleurer eux-mêmes.

—Chère, chère enfant!

Elle n'était donc pas encore tout à fait mauvaise? Peut-être pourrait-on la corriger de cette violence qui les avait effrayés.

—Oh! je vous en prie, ne me reconduisez pas chez les autres, balbutia-t-elle, ne me reconduisez pas chez les autres! Le mari et la femme s'étaient regardés. Justement, depuis l'automne, ils faisaient le projet de prendre une apprentie à demeure, quelque fillette qui égaierait la maison, si attristée de leurs regrets d'époux stériles. Et ce fut décidé tout de suite.

—Veux-tu? demanda Hubert. Hubertine répondit sans hâte, de sa voix calme:

—Je veux bien. Immédiatement, ils s'occupèrent des formalités. Le brodeur alla conter l'aventure au juge de paix du canton nord de Beaumont, M. Grandsire, un cousin de sa femme, le seul parent qu'elle eût revu; et celui-ci se chargea de tout, écrivit à l'Assistance publique, où Angélique fut aisément reconnue, grâce au numéro matricule, obtint qu'elle resterait comme apprentie chez les Hubert, qui avaient un grand renom d'honnêteté. Le sous-inspecteur de l'arrondissement, en venant régulariser le livret, passa avec le nouveau patron le contrat, par lequel ce dernier devait traiter l'enfant doucement, la tenir propre, lui faire fréquenter l'école et la paroisse, avoir un lit pour la coucher seule.

De son côté, l'Administration s'engageait à lui payer les indemnités et délivrer les vêtures, conformément à la règle.

En dix jours, ce fut fait. Angélique couchait en haut, près du grenier, dans la chambre du comble, sur le jardin: et elle avait déjà reçu ses premières leçons de brodeuse. Le dimanche matin, avant de la conduire à la messe, Hubertine ouvrit devant elle le vieux bahut de l'atelier, où elle serrait l'or fin.

Elle tenait le livret, elle le mit au fond d'un tiroir, en disant:

—Regarde où je le place, pour que tu puisses le prendre, si tu en as l'envie, et que tu te souviennes.